Une deuxième méditation pour le jeudi 9 avril

Le lavement des pieds

Les photos se trouvent en bas de page

Sur les murs de la chapelle Redemptoris Mater au Vatican, le mosaïste Marko Yvan Rupnik a imaginé un décor continu, véritable synthèse de la foi, créant de fines associations visuelles entre certains épisodes bibliques.

On peut y contempler un Lavement des pieds (Jn 13, 1-15). Inspirée des types de l’icône orientale, l’artiste est d’origine slovène, la composition n’a rien d’original : Jésus s’est agenouillé, en une gracieuse courbe continue. Pierre exprime sa question de sa main : quelle folie prend Jésus de prendre ainsi la place des esclaves et de laver les pieds de ses disciples ? L’autre disciple représenté n’est pas moins songeur. Etendant les mains vers le pain et la coupe, peut-être indique-t-il que les paroles de Jésus : « prenez et mangez ceci est mon corps, prenez et buvez, ceci est mon sang » sont aussi  folles que son geste ?

Il nous faut élargir notre regard pour saisir l’originalité de l’oeuvre : à l’autre bout de la table, scindée en deux par une descente de Jésus aux enfers, une autre scène est représentée : Marie, sœur de Lazare de Béthanie, parfume les pieds de Jésus en sacrifiant un parfum coûteux et en les essuyant de ses cheveux.  (Jn 12, 1-11) Aux côtés de Jésus, un disciple contemple la scène étonnante, tandis que Judas retient serrée contre lui la bourse du groupe. L’Evangile raconte sa colère devant ce gaspillage d’un parfum qui aurait pu être revendu fort cher.

Judas est la clé de cette scène double. Il est représenté comme celui qui retient tout à lui et ne sait pas donner. Il ne sait pas recevoir non plus : ni les gestes des autres, ni les idées différentes des siennes. Il est replié sur lui-même comme un cadavre dans son tombeau.

Tandis que la mise en parallèle de Jésus avec Marie de Béthanie exprime que tous deux savent recevoir et donner.

Marie adopte exactement l’attitude de Jésus dans le lavement des pieds : même silhouette en arabesque, même geste des mains faisant une coupe pour recevoir le pied, même attitude d’humilité. Comme Pierre, Jésus a un pied chaussé et l’autre nu. Et dans les deux scènes, on trouve un vase précieux. Celui de Marie est brisé : elle a déjà tout donné. Donné tout ce qu’elle pouvait donner au Christ, prête à le suivre, abandonnant ses biens précieux. Et son geste indique qu’elle est prête à suivre Jésus dans sa Passion. Au soir du Jeudi Saint, au cours du repas et du lavement des pieds, Jésus montre sa liberté : son corps et son sang, c’est lui qui les donne. On ne les lui prend pas. La condition de serviteur, d’esclave, de paria, il ne la subit pas, il l’a déjà choisie. Le vase est intact. Peut-être se brisera-t-il comme le rideau du temple se déchirera, alors que tout sera accompli.

Pour sauver le monde du péché et de la mort, Jésus se donne pleinement, jusqu’à mourir. Et Marie l’a déjà compris.

 

Article publié par Doyenné cambrai • Publié le Jeudi 09 avril 2020 • 203 visites

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