textes de Fénelon

concert du 15 mars 2015

 

FENELON :

 

Sur l'amour que nous devons avoir pour Dieu

. Qu'ai-je à désirer dans le ciel, et que puis-je aimer sur la terre, si ce n'est vous, ô mon Dieu (Ps 72, 25) !

 

 Souvent, quand nous disons à Dieu que nous l'aimons de tout notre cœur, c'est un langage, c'est un discours sans réalité ; on nous a appris à parler ainsi dans notre enfance, et nous continuons, quand nous sommes grands, sans savoir bien souvent ce que nous disons. Aimer Dieu, c'est n'avoir point d'autre volonté que la sienne, c'est observer fidèlement sa sainte loi, d'est avoir horreur du péché. Aimer Dieu, c'est aimer ce que Jésus-Christ a aimé, la pauvreté, les humiliations, les souffrances ; c'est haïr ce que Jésus-Christ a haï, le monde, la vanité, les passions. Peut-on croire qu'on aime un objet auquel on ne voudrait pas ressembler ? Aimer Dieu, c'est s'entretenir volontiers avec lui, c'est désirer d'aller à lui, c'est soupirer et languir après lui. Oh ! Le faux amour que celui qui ne se soucie pas de voir ce qu'il aime !

. Le Sauveur est venu apporter un feu divin sur la terre, et son désir est que ce feu brûle et consume tout. Cependant les hommes vivent dans une froideur mortelle. Ils aiment un peu de métal, une maison, un nom, un titre en l'air, une chimère qu'ils appellent réputation ; ils aiment une conversation, un amusement qui leur échappe. Il n’y a que Dieu pour qui il ne leur reste point d’amour. Tout s'épuise pour les créatures les plus méprisables. Ne voudrons-nous jamais gouter le bonheur de l'amour divin ? Jusqu'à quand préférerons-nous d'aimer les créatures les plus empoisonnées ? Ô Dieu ! régnez sur nous malgré nos infidélités ! Que le feu de votre amour éteigne tout autre feu ! Que pouvons-nous voir d’aimable hors de vous, que nous ne trouvions parfaitement en vous qui êtes la source de tout de tout bien Accordez-nous la grâce de vous aimer, et nous n’aimerons plus que vous, et nous vous aimerons éternellement.

 

 

Sur l'amour que Dieu a pour nous

Je vous ai aimé d'un amour éternel (Jr 31, 3).

 

Dieu n'a pas attendu que nous fussions quelque chose pour nous aimer ; avant tous les siècles, et avant même que nous eussions l'être que nous possédons, il pensait à nous, et il n'y pensait que pour nous faire du bien. Ce qu'il avait médité dans l'éternité, il l'a exécuté dans le temps. Sa main bienfaisante a répandu sur nous toutes sortes de biens : nos infidélités mêmes, ni nos ingratitudes, presque aussi nombreuses que ses faveurs, n'ont pu encore tarir la source de ses dons, ni arrêter le cours de ses grâces. Ô amour sans commencement, qui m'avez aimé durant des siècles infinis, et lors même que je ne pouvais le ressentir ni le reconnaître ! Ô amour sans mesure, qui m'avez fait ce que je suis, qui m'avez donné ce que j'ai, et qui m'en promettez encore infiniment davantage ! Ô amour sans interruption et sans inconstance, que toutes les eaux amères de mes iniquités n'ont pu éteindre ! Ai-je un cœur, ô mon Dieu, si je ne suis pas pénétré de reconnaissance et de tendresse pour vous ?

Il. Mais que vois-je ? Un Dieu qui se donne lui- même, après même avoir tout donné ; un Dieu qui me vient chercher jusqu'au néant, parce que mon péché m'a fait descendre jusque-là ; un Dieu qui prend la forme d'un esclave, pour me délivrer de l'esclavage de mes ennemis ; un Dieu qui se fait pauvre pour m'enrichir ; un Dieu qui m'appelle, et qui court après moi quand je le fuis ; un Dieu qui expire dans les tourments pour m'arracher des bras de la mort et pour me rendre une vie heureuse : et je ne veux souvent ni de lui, ni de la vie qu'il me présente ! Pour qui prendrait-on un homme qui aimerait un autre homme comme Dieu nous aime ? et de quels anathèmes ne se rend pas digne, après cea, celui qui n'aimera pas le Seigneur Jésus ? (1 Co 16,)

 

 

Sur la présence de Dieu

« Marchez en ma présence, et soyez parfait (Gn7, 1).

 

Voilà, Seigneur, ce que vous disiez au fidèle Abraham, Et en effet, qui marche en votre présence est dans la voie de la perfection. On ne s'écarte de cette voie sainte qu'en vous perdant de vue, et qu'en cessant de vous voir en tout. Hélas ! où vais-je lorsque je ne vous vois plus, vous qui êtes ma lumière, et le terme unique où doivent tendre tous mes pas ? Vous regarder dans toutes les démarches que l'on fait, c'est le moyen de ne s'égarer jamais, Ô foi lumineuse au milieu des ténèbres qui nous environnent ! Ô regards pleins de confiance et d'amour, qui conduisent l'homme à la perfection ! Ô Dieu, je ne vois que vous ; c'est vous seul que je cherche et que je considère dans tout ce que mes yeux semblent regarder ! L'ordre de votre providence est ce qui attire mon attention. Mon cœur ne veille que pour vous dans la multitude des affaires, des devoirs et des pensées qui m'occupent ; parce qu'elles ne m'occupent que pour obéir à vos ordres. Ainsi je tâche de réunir toute mon attention en vous, ô souverain et unique objet de mon cœur ! Lors même que je suis obligé de partager mes soins selon les lois de votre divine volonté. Eh ! que pourrais-je regarder dans ces viles créatures, si vous cessiez de m'y appliquer, et si je cessais de vous y voir ? J'ai donc résolu de tenir mes yeux levés vers les montagnes saintes, d'où j’attends toute ma force et tout mon secours (Ps 120, 1). C'est en vain que je m'appliquerais uniquement à regarder à mes pieds, pour me délivrer des pièges innombrables qui m'environnent. Le danger vient d'en bas ; mais la délivrance ne peut venir que d'en haut. C'est là que mes vœux s'élèvent pour vous voir. Tout est piège pour moi sur la terre, le dedans et le dehors. Tout est piège, Seigneur sans vous. C'est vers vous seul que se portent mes yeux et mon cœur. Je ne veux voir que vous ; je n'espère qu'en vous. Mes ennemis m'assiègent sans cesse, ma propre faiblesse m'effraye. Mais vous avez vaincu le monde pour vous et pour moi ; et votre force toute-puissante soutiendra mon infirmité.

 

 

 

Sur la détermination entière à être à Dieu

Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? (Ac 9, 6).

 

C'est ce que disait saint Paul, renversé miraculeusement, et converti par la grâce du Sauveur qu'il persécutait. Hélas combien l'avons-nous persécuté par nos infidélités, par nos humeurs, par nos passions qui ont troublé l'ouvrage de sa miséricorde dans notre cœur ! Enfin il nous a renversés par la tribulation ; il a écrasé notre orgueil ; il a confondu notre prudence charnelle ; il a consterné notre amour-propre. Disons-lui donc avec un acquiescement entier : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Jusqu'ici je ne m'étais tourné vers vous qu'imparfaitement ; j'avais usé de mille remises, et j'avais tâché de sauver et d'emporter du débris de ma conversion tout ce qu'il m'avait été possible : mais présentement je suis prêt à tout, et vous allez devenir le maître absolu de mon cœur et de ma conduite.

  Ne suffit pas cependant que l'offre soit universelle : ce ne serait rien faire, si elle demeurait vague et incertaine, sans descendre au détail ni à la pratique. Il y a trop longtemps, dit saint Augustin, que nous traînons une volonté vague et languissante pour le bien. Il ne coûte rien de vouloir être parfait, si on ne fait rien pour la perfection. Il la faut vouloir plus que toutes les choies temporelles les plus chères et les plus vivement poursuivies ; et il ne faut pas vouloir faire moins pour Dieu, que l'on n'a fait pour le monde. Sondons notre cœur. Suis-je déterminé à sacrifier à Dieu mes amitiés les plus fortes, mes habitudes les plus enracinées, mes inclinations dominantes ; mes plus agréables amusements ?

 

Article publié par Doyenné de Cambrai • Publié le Jeudi 19 mars 2015 • 1264 visites

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