Méditation du dimanche 29 mars

proposée par le père V. Deblock

Le Buisson Ardent

Nicolas Froment buisson ardent 1477 Nicolas Froment buisson ardent 1477  

Plus on avance vers Pâques, plus la question devient envahissante dans l’Evangile de Jean : mais qui est-il ? Qui est ce Jésus ? Autour de lui, beaucoup comprennent que cet homme bouleverse radicalement, à la racine, la foi de leurs pères. Pour certains c’est une bonne nouvelle, pour d’autres, un danger à écarter  sans états d’âme. Alors ? Foi héritée de Moïse, élaborée patiemment au cours des siècles par le peuple hébreu? Ou foi renouvelée en la personne de Jésus, révélant le visage du Père, tel que les prophètes l’avaient pressenti ?

Nicolas Froment, à la fin du XVe siècle, nous propose une réponse à la question dans son triptyque du Buisson ardent, trésor de la cathédrale d’Aix en Provence.

La Bible nous raconte la vie déjà tumultueuse de Moïse, avant l’Exode : enfant hébreu échappant à la persécution de Pharaon, il est élevé par sa fille. Devenu adulte, il est bouleversé par la misère de son peuple et tue un Egyptien. Obligé de fuir, il se marie et devient le gardien des troupeaux de son beau-père.

C’est ainsi que Nicolas Froment le peint : assis, son chien à ses côtés, son troupeau paissant paisiblement au pied de la montagne de Dieu, l’Horeb (cf Ex 3). C’est là que « l’ange du Seigneur  lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson ». L’artiste prend quelques libertés avec le texte : comme dans une Annonciation, l’ange devient un messager chargé d’envoyer Moïse en mission et semble lui parler. Comme parfois dans les représentations de l’Annonciation (cf méditation), une allusion au péché d’Adam et Eve est faite, ici sur le fermail du manteau de l’ange. Le projet de Dieu est toujours le même, au temps de Moïse comme au temps de l’Incarnation : libérer et sauver son peuple du péché.  Les figures de patriarches et de prophètes qui forment le cadre peint sur fond d’or, le signifient.

Sur un tertre figurant l’Horeb, un vaste buisson flamboie sans se consumer. Moïse protège ses yeux devant l’apparition divine, et se déchausse, comme le Seigneur lui-même le demande : « retire tes sandales car le lieu où tu te tiens est une terre sainte »

Si l’artiste ne respecte pas la Bible à la lettre, jusqu’à présent, pourtant,  rien de bien extraordinaire. Certes, le décor de villes à l’arrière-plan, les vêtements et les accessoires sont de l’époque de l’artiste  qui ne cherche pas à reconstituer le Moyen Orient ancien.

L’extraordinaire réside dans la Vierge à l’enfant, vêtue d’un ample manteau se répandant autour d’elle en plis harmonieux, trônant au cœur du Buisson. Pourquoi associer ainsi les figures de Moïse et de Marie, séparées par des siècles d’histoire biblique ?

L’extraordinaire de Dieu… Un buisson qui brûle sans se consumer, comme une jeune fille demeurant vierge malgré la maternité, inaltérée comme le miroir traversé par la lumière sans se briser. Celui-ci, tenu par l’enfant, renvoie au fermail de l’ange : la réponse divine au péché de l’homme est d’offrir son Salut dans l’Incarnation de son Fils.

Dans le quotidien ordinaire de Moïse, l’extraordinaire de Dieu a surgi.

Dans le quotidien ordinaire des contemporains de Jésus, l’extraordinaire de Dieu surgit à nouveau, de façon inégalée.

Le même Dieu se révèle, donné à son peuple pour lui révéler le quotidien comme un espace sacré, le libérer de tout esclavage, et lui faire l’extraordinaire promesse de combler à jamais la distance entre les hommes et Lui, dans le Royaume révélé par son Fils.

 

Triptyque du Buisson Ardent, Nicolas Froment (c. 1425-c.1485), 1476, huile sur toile marouflée sur bois, 308 x212 cm. Cathédrale St Sauveur, Aix en Provence.

Article publié par Doyenné cambrai • Publié le Samedi 28 mars 2020 • 254 visites

keyboard_arrow_up