Homélie du père D Dewailly

 

30 juin2021   Messe de fin d’année avec tous les bénévoles de la paroisse

Relire  Gen 21, 5.8-20 Ps 33(34) Math.8, 28-34

 

       Pourquoi donc la liturgie nous fait-elle écouter ce genre d’histoire ? D’abord  Abraham,   avec Agar, la servante de sa femme, mère de son premier fils Ismaël.  C’est bien le genre de situation complexe que le pape François évoque en parlant de la famille !   Comme si nous n’avions pas assez aujourd’hui ?

Dans le récit d’évangile,  Jésus guérit, deux possédés qui sortent des tombes,   mais on le supplie, poliment,  de quitter le territoire.  Sa manière de manifester la bonté de Dieu, de délivrer du mal,  trouble trop les coutumes et les affaires locales.

Ces deux situations  ne sont guère encourageantes… et pourtant nous y avons droit : c’est dans la Bible !  Soyons dociles ! ! !     Mais nous pouvons aussi penser que  ces  récits sont plutôt là pour nous réveiller ?  Car nos célébrations  ne sont pas à coté de ce qui fait la vie du monde !  Comme dans la Bible, notre histoire « sainte » n’est pas en dehors des situations  souvent  rugueuses,  qui nous entourent.

Dans l’immédiat  je ne retiens que deux aspects de ces récits : Dieu ouvre les yeux de cette femme rejetée : elle découvre un puits,  la source est là,  son fils pourra grandir.      Et lorsque Jésus passe par un chemin que personne ne pouvait emprunter, c’est qu’il y a là deux hommes, prisonniers des tombes et de la mort.  Jésus ne redoute pas de faire un écart, risqué : il s’agit de faire vivre. 

Durant  les années passées avec vous,  j’observe que c’est ce que nous essayons de mettre en œuvre.  Ceux qui aiment la vie peuvent-ils chercher autre chose que d’aimer ceux que Dieu aime ?   C’est une œuvre considérable, qu’il faut regarder sous deux angles.

Celui de notre héritage, héritage lourd de notre histoire chrétienne et de nos habitudes.  Pas besoin de détailler ici  la générosité bienveillante de vous tous,  et d’autres,  excusé-e-s ce soir.  Dans les services ordinaires et quasi quotidiens, nous sommes  disponibles à tout un peuple qui trouve dans nos paroisses un peu de bonheur et de lumière. Cela soutient et donne sens  aux étapes de la vie.   Nous essayons d’être  le canal simple de la fraternité inusable de Jésus.

Nous sommes aussi à l’œuvre dans l’occasionnel,  entre chrétiens connus, ou bien sur, avec d’autres parfois éloignés de la foi.   C’est un détour, un écart qui fait que nous sommes branchés  sur des inconnus pour un soutien, une aide, une découverte  qui  n’étaient pas dans notre habitude.  Mes confrères et quelques plus proches ne s’étonneront pas que j’évoque ici mes amies africaines.  L’une vient d’obtenir son titre de séjour, après beaucoup de patience ;  des amies étudiantes depuis quelques années ont pu être orientées et soutenues grâce aux réseaux  dont je n’ai pas le monopole,  mais souvent  efficaces.    Mon agenda moins chargé que jadis m’a donné l’occasion de services, de découvertes et d’amitiés que je n’avais pas imaginées.  Un moment, l’éveil à la foi avec les jeunes parents,   et d’une autre façon l’équipe Camera m’ont branché sur des réalités dont d’ordinaire,  je n’aurai rien connu.

Le souci de la mission que beaucoup cultivent, passe par bien des entreprises construites grâce à notre héritage, et par les échanges souvent trop rares, où le prochain congrès Missio à Lille aura sa part. Comment  garder  une disponibilité ouverte à l’imprévue. Saurons-nous comme Jésus sortir des cadres familiers ?

Jésus passe sur un chemin dangereux, il ne fait que passer car il met trop de choses en question.  Agar et Ismaël poursuivront leur route,  trouveront un chemin et un puits, un puits que d’autres avaient creusé…  dans le désert !    Voilà  des récits  bien proches de notre actualité,  de quoi nous tenir en éveil.  Car il  n’est pas difficile de deviner que les évolutions sociales et climatiques  vont nous diviser.  L’unité même de notre Eglise est à l’épreuve.  Les rites passés ne suffisent pas à  ouvrir avec Jésus les chemins fraternels, indispensables à notre humanité.

Trouver la source qui fait vivre, passer par des chemins  parfois bien sombres pour apporter un peu de lumière, voilà pour quoi nous sommes faits. Si ce qui nous est proposé avec le Christ en chaque liturgie nous tient vraiment éveillé, nous pouvons sans cesse rendre grâce. Car nous  le disions avec le psaume : ce  n’est pas seulement dans nos églises que Dieu écoute quand les pauvres crient…

Nous sommes faits pour trouver Dieu en toute chose… Que nos liturgies rendent bien vivantes notre présence au monde.

 

Article publié par Doyenné de Cambrai • Publié le Jeudi 01 juillet 2021 • 85 visites

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