Introduction Béatitudes

Réflexion…méditation sur les Béatitudes
– Introduction - Synoptique saint Luc / saint Matthieu
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A tort ou à raison, on parle souvent des béatitudes comme d’un condensé du message évangélique, ou comme un critère de l’authenticité chrétienne.
Le vrai chrétien sera l’homme des béatitudes, l’Eglise, dont on rêve, sera l’Eglise des béatitudes…
En d’autres termes, pour pouvoir se réclamer de Jésus, il faut accepter de faire des béatitudes la norme de sa vie…
Des affirmations de ce genre justifient assez l’intérêt porté aux béatitudes, l’attention consacrée à leur texte pour se rendre compte de ce qu’il dit exactement
Deux Versions,
On peut observer d’abord que, chez Matthieu comme chez Luc, les béatitudes constituent le « préambule » de ce qu’on peut appeler un discours-programme : au début de son ministère en Galilée, Jésus expose la manière dont il conçoit les exigences de Dieu.
Chez Matthieu, c’est le « Sermon sur la montagne », chez Luc, « Le Discours dans la plaine » Le discours de Luc se retrouve presque tout entier dans celui de Matthieu,
Mais Matthieu rapporte beaucoup de paroles qui ne se trouvent pas chez Luc ou qui se trouvent en d’autres endroits de son Evangile. ( voir fichier joint synoptique)
L’orientation générale est un peu différente : chez Luc, il s’agit surtout du devoir d’aimer son prochain, devoir qui s’étend jusqu’aux ennemis ; Matthieu insiste plus largement sur le dépassement que les exigences de l’Evangile constituent par rapport aux exigences de la Loi juive .
Pour ce qui concerne les béatitudes, la différence qui frappe d’abord est celle du nombre : chez Matthieu, il y en a neuf ; Luc en a seulement quatre, mais celles-ci sont suivies de leur contreparties : « Malheur à vous les riches…Malheur à vous qui êtes repus…Malheur à vous qui riez… Malheur à vous quand les hommes vous tiendront des propos flatteurs… »
Mais la différence de contenu n’est pas moins considérable. Chez Luc, la première béatitude s’adresse à des hommes qui sont pauvres ; chez Matthieu, elle parle de gens pauvres « en esprit ».
La béatitude suivante s’adresse chez Luc à ceux qui ont faim maintenant ; chez Matthieu, il s’agit de ceux qui ont « faim et soif de justice ».
De toute évidence, être pauvre et avoir faim, comme Luc l’écrit, n’est pas la même chose qu’être pauvre en esprit… et avoir faim et soif de justice.
Luc envisage des situations concrètes et pénibles qui sont causes de souffrance ; Matthieu évoque des dispositions spirituelles, des attitudes d’âme …

Origine,

Toujours se poser la question quand nous parcourons n’importe quel passage de la Bible (ancien ou nouveau testament) « Qui écrit ? écrit quoi ? pour qui ? »
Ce que proposent les évangélistes, n’est pas un reportage neutre et strictement « objectif ». En rapprochant les paroles de Jésus, ils ne cherchent pas tant à les reproduire dans leur exactitude littérale qu’à faire comprendre à leurs lecteurs chrétiens, la portée de ces paroles pour leur vie à eux. Dans les situations où ils se trouvent et qui ne sont plus celles dans lesquelles Jésus s’est exprimé au cours de son ministère.
C’est pourquoi, nous essaierons de voir, dans notre catéchèse, ce qu’elle peuvent nous dire, encore aujourd’hui en 2021, après avoir traversé vingt siècles !...
(Nous pouvons penser que ce souci d’actualisation est finalement plus respectueux
de l’intention réelle de Jésus, que ne le serait le respect « superstitieux » des mots qu’il a prononcés…)
Pour y voir plus clair, on se mettra en quête d’un troisième témoin, moins directement engagé peut-être ? mais qui nous aidera à faire le partage entre ce qui a été réellement dit et les interprétations qu’on en donne.
Il s’agit d’un oracle (une prophétie) du Livre d’Isaïe qui a joué un rôle important dans la manière dont Jésus a présenté sa mission à ses contemporains.
(On a de bonnes raisons de penser que Jésus a formulé ses béatitudes en faisant écho à cet oracle) :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi,
Parce qu’il m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
Panser ceux qui ont le coeur brisé,
Proclamer aux prisonniers la libérations…
Consoler les affligés (Is 61, 1-2)


*** Les béatitudes de Jésus sont porteuses d’une nouveauté « révolutionnaire », d’un modèle de bonheur contraire à celui qui est communiqué habituellement par les médias, par la pensée dominante.
Pour la mentalité du monde, c’est un scandale que Dieu soit venu se faire l’un d’entre-nous, qu’il soit mort sur une croix !
Dans cette logique mondaine, ceux que Jésus proclame « bienheureux » sont considérés comme « perdants, faibles » ***
(Pape François)

La promesse du vrai bonheur

« Les chrétiens ont reçu la promesse du vrai bonheur. Sans l’amour, les commandements sont ressentis comme une lourde obligation. Quand les baptisés sont animés par la foi, l’espérance et la charité, ils entrent joyeusement dans la vie nouvelle qui leur est proposée dès ici-bas comme un chemin de bonheur authentique. » (Les évêques de France, Catéchisme pour adultes, n°634)
L’Ancien Testament laissait déjà entrevoir, à maintes reprises et de multiples façons, cette vocation des hommes au bonheur : La création est offerte à l’homme pour son bonheur : « Dieu vit que cela était bon » et le cri enthousiaste de l’homme devant la femme en Gn 2/23 .
La Loi elle-même a pour but d’assurer le bonheur du croyant. Et en écho à la lecture publique de la Loi, Néhémie ose cette formule à l’adresse de tout le peuple d’Israël : « La joie du Seigneur est votre force ! » (Ne 8/10).
Les écrits de sagesse - et notamment les Psaumes - aiment à chanter la fidélité de Dieu, qui seul ne déçoit pas, et le paisible bonheur de celui qui met sa confiance dans le Seigneur, plutôt que dans les richesses ou les puissants de ce monde (Ps 40/5 ; Ps 84/6,13 ; Pr 16/20).
Les prophètes, quant à eux, actualisent l’unique message de salut d’un Dieu qui a promis à Israël de l’accompagner dans toutes ses tribulations et qui veut lui rappeler son amour et son pardon toujours offert.
Jésus fait sienne cette tradition au point de définir sa mission par celle décrite jadis par Isaïe : « Annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur » (Lc 4/18-19 citant Is 61/1-2).
Cette promesse de bonheur dans le message de Jésus est si centrale que St Marc intitulera son livret : « évangile », c’est-à-dire « Bonne Nouvelle » ! (Mc 1/1)
La joie, qui est semée sur le passage de Jésus (Lc 2/10 ) et que nul ne pourra ravir à ses disciples (Jn 16/22), est d’ailleurs souvent citée parmi les fruits de l’Esprit-Saint : (Ac 13/52 )
Autant dire que la qualité de notre enthousiasme est un indice de notre vie spirituelle et de notre familiarité avec le Seigneur et qu’elle peut, à contrario, servir à identifier notre péché... dont l’une des définitions pourrait- être : ce qui, en nous, contribue à « contrister l’Esprit-Saint » (Ep 4/30), ou encore le fait de nous priver nous-mêmes (comme le jeune homme riche de l’évangile) de la joie incommensurable que procure le compagnonnage avec Jésus !

Reprenons donc, une à une, chacune de ces béatitudes, telles que les rapporte l’apôtre et voyons si elles ne peuvent pas faire naître en nous à la fois l’action de grâces pour le chemin déjà parcouru et l’envie d’entrer plus avant dans la joie promise par Jésus à qui suivra ses pas...

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Pistes de réflexion :

- Pensez-vous possible de se risquer à reconstituer une forme des béatitudes qui rendra plus compréhensibles les interprétations de Matthieu, de Luc et de Chouraqui. (voir le synoptique joint ? et Chouraqui ! )
- Que retenons-nous de l’origine biblique des béatitudes ?
- Enfin , avec Evagre le Pontique… « Il y a un bonheur… » méditons comment , quatre siècles après Jésus les béatitudes étaient déjà bien comprises….
- Ces textes éclairent-t-ils ma foi ?

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Article publié par Doyenné cambrai • Publié le Jeudi 25 novembre 2021 - 11h04 • 60 visites

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