2/ « Heureux les doux, ils obtiendront la terre promise ! »

Les Béatitudes dans notre relation aux autres :

Nous entrons dans le 2e volet de notre réflexion, soit le Bonheur en relation avec le prochain. Ces béatitudes « Heureux les doux, miséricordieux, les artisans de Paix » suggèrent des attitudes que Jésus a lui-même pratiquées envers les autres. Avec Dieu, on peut toujours croire que ça va bien, il est assez silencieux. Avec le prochain c'est moins facile parce que celui-ci n'est pas nécessairement silencieux… Il arrive assez souvent qu’il s'exprime clairement…  St Thomas d'Aquin écrit : « Si nous sommes créés pour être heureux, nous sommes créés pour être heureux avec les autres. »

Avons-nous l’ambition, le désir :

-  d’être heureux avec les autres, grâce aux autres ?

-  et aussi de rendre les autres heureux ?

Nous avons à être conscients que nous sommes responsables, d'une certaine façon, du bonheur d'autrui. À ne pas oublier, que dans l’application concrète de chaque Béatitude, il y a une partie qui m’incombe...

Un prêtre me disait un jour :  je dis souvent cela aux fidèles qui viennent se confesser :

« confesser ses péchés,… le mal que j’ai pu faire est une chose,… mais ne pas faire le bien que je pourrais faire est aussi un péché ! »

Entendons Jésus proclamer : « Heureux les doux », suit la promesse pour l’avenir,

« car ils posséderont la terre en héritage »  Joie des tolérants, ils auront la terre en héritage

Situation actuelle

Parler aujourd'hui de douceur, de tolérance, c'est presque faire référence à un autre monde, quand on considère la violence aux mille visages qui s'étale devant nos yeux : la guerre entre les pays, la guerre aux terroristes, la violence entre les nations, entre les ethnies d'une même nation, violence dans les foyers, violence entre conjoints, à l'endroit des enfants, entre les individus, à l'endroit des personnes âgées ou invalides, violence verbale, non-verbale, violence psychologique, harcèlement… 

Aussi que de violences inconnues…

La douceur est plutôt mal vue dans le contexte actuel car on l’associe spontanément au comportement du mouton. Être doux comme un mouton équivaut à être entièrement passif… « suiveux ».

De toutes les Béatitudes, je voudrai en déployer une en particulier. Non pour l’extraire de l’ensemble, car elles sont toutes profondément reliées. Une qui a pris un relief particulier ces derniers temps, la deuxième béatitude : Heureux les doux car ils hériteront la terre.
Lorsqu’il est question des doux, il y a bien des sourires condescendants, méprisants, agacés de la part de ceux qui confondent doux et mous, doux et lâches, voire doux et incapables.
Mais après ce que nous savons, voyons, entendons de ce qui se passe dans le monde, loin ou tout près de nous, de l’Arménie à l’Éthiopie, des États-Unis à la Chine, de Nice à Paris, heureux les doux car ils hériteront la terre nous rappelle de quel esprit était animé Jésus, lui qui disait de lui-même : je suis doux et humble de cœur, après que le prophète Zacharie eut parlé d’un roi assis sur un âne, un roi plein de douceur qui rend les armes inutiles.
La Béatitude nous appelle à considérer ce qu’est une vie dédiée aux rapports de force, soumise à l’amertume et à considérer que cette vie-là a besoin de la lumière de l’Évangile. C’est la douceur qui permet de se rendre compte de la rudesse, de l’âpreté, de la brutalité du monde, s’en rendre compte et les trouver toujours insupportables, douceur sœur de la compassion et de la quête de justice.

Car les doux se soucient d’autrui et ne se mettent pas au centre, laissant la place à l’autre en eux et avec eux, ce qui n’est ni négation ni oubli d’eux-mêmes. Les doux n’humilient pas, ils n’ont pas besoin d’écraser autrui pour se sentir meilleurs et ils choisissent avec détermination la non-violence.

Ils renoncent à s’imposer, préservant toujours la liberté d’autrui, comme à se poser en modèles de vertus, de foi ou de sainteté. La douceur sait la fragilité, la faiblesse, là où le cœur bat, là où la vie palpite ; elle sait que cette fragilité est humanité et elle y est attentive, pour ne pas écraser, pour ne pas étouffer, pour ne pas éteindre les petites braises.

C’est ainsi que les doux hériteront la terre, contre toute apparence, car en vérité, il n’y a qu’eux qui puissent en hériter, c’est-à-dire la recevoir, alors que ceux qui ne sont pas doux, les violents, les manipulateurs ne peuvent que se déchirer pour en arracher une part aux autres, ils ne peuvent que réclamer et accaparer, au nom d’une généalogie, d’une tradition, ou d’une histoire.

« HEUREUX LES DOUX !

Nous nous heurtons à la béatitude qui est peut-être la plus opposée aux valeurs de notre société. C’est en quelque sorte la béatitude de l’anti-réussite : nous avons tendance à promouvoir la compétition, la lutte pour se faire une «situation», voire l’agressivité ; et donc à confondre la douceur avec la faiblesse ou l’incapacité à se défendre et à s’affirmer. Il est d’ailleurs d’autant plus étonnant que soit promis aux doux l’héritage de la terre, eux qui semblent bien incapables de la conquérir !


Cependant, si nous regardons Jésus, lui qui s’est défini comme «doux et humble de cœur» (Mt 11,29), nous voyons que la douceur ne se confond pas avec la mièvrerie ou l’impuissance.

Tout au contraire !

Jésus traite avec douceur tous ceux qui se présentent à lui, jusqu’aux pécheurs qu’il relève, jusqu’à Judas qu’il appelle «ami» (Mt 26,50). Mais il sait aussi «parler en homme qui a autorité» (Mc 1,27) : il chasse les démons et commande aux vents et à la mer. Il discute avec les scribes et répond fermement au grand prêtre : «Si j’ai mal parlé, montre où est le mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?» (Jn 18,22). Mais il ne réplique ni à l’insulte ni aux coups. Et il enseigne à ses disciples à ne pas molester ni même injurier un frère (Mt 5,22) et à ne pas «tenir tête au méchant» (5,39). Il prêche la non-violence et l’amour des ennemis (Mt 6,44) et empêche Pierre de le défendre par l’épée.

Loin d’être marque de faiblesse, son extrême douceur ne peut jaillir que de sa toute-puissance.

« HEUREUX LES DOUX !

Que faire alors pour entrer dans la voie de cette béatitude de la douceur ? Il faut certes renoncer aux armes de la violence, de l’agressivité, peut-être même à la morsure de l’ironie. Il faut chercher à se situer non dans l’ordre de la matière où règnent les rapports de force ; mais dans celui de l’esprit qui est régi par la persuasion et la charité. La douceur inclut une capacité d’adaptation au réel qui accepte de ne pas le plier immédiatement à son désir, mais de l’accueillir, de l’assumer humblement. Apprenons à traiter les choses et les personnes sans possessivité, dans le respect de leur être et du mystère de leur liberté.

Cette attitude qui est en premier lieu d’ordre spirituel transforme peu à peu les relations.

La douceur est un fruit de l’Esprit (Ga 5,22), de cet Esprit dont un psaume dit qu’il

 «renouvelle la face de la terre» (Ps 103,30).

La promesse de la béatitude s’en trouve éclairée : oui, les doux posséderont la terre car le fait de renoncer à l’arrogance, à la volonté de puissance laisse place à la miséricorde, à la compréhension. Le fait de se désarmer est désarmant. Et notre terre déjà s’en trouve transformée.

C’est alors que Jésus, sur la croix, paraît nu, impuissant, réduit à rien, que sa douceur extrême transparaît le mieux dans sa soumission absolue à la volonté de Dieu, dans le support des injures et des moqueries, dans le pardon donné à ses bourreaux ; et c’est là aussi que l’Église choisit de le fêter comme «Roi de l’univers».

Jésus en croix embrasse l’univers de ses bras étendus et lui fait le don de sa vie, c’est-à-dire de la Vie.

Le brigand crucifié à ses côtés, à qui il promet d’être «aujourd’hui même, avec lui en paradis» (Lc 23,42) reçoit le premier ce don, au nom de tous les hommes.


La béatitude de la douceur dit donc la royauté du Christ. Elle devient notre voie de bonheur puisqu’en essayant de vivre comme lui de l’amour désarmé, nous héritons avec lui cette terre que son sang a fécondée. Nous devenons – nous sommes –  ses cohéritiers.

«L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ» (Rm 8,16-17).

La terre jadis promise à Abraham et à ses descendants avait été conquise par la guerre et le feu, dans le sang et le pillage.

Heureux désormais ceux qui ne cèdent pas à l’engrenage de la violence et qui osent aller jusqu’à l’amour des ennemis : ceux-là connaissent le chemin du Royaume ( le chemin de l’amour de Dieu) !

Heureux ceux qui combattent les idées fausses ou perverses sans blesser les personnes : ceux-là ne seront pas dépaysés dans le Royaume !

Heureux ceux qui savent faire preuve de patience, rester maîtres d’eux-mêmes sans se laisser aveugler ou dominer par la colère !

Doux signifie avoir la maîtrise de soi-même, toujours serein, bienveillant, humble, patient et prêt à pardonner (tout cela est le résultat de la Charité).

La douceur exclut l'orgueil, l'arrogance, la colère, la rancune, l'irritation et tous les excès émotionnels.

La douceur ne signifie pas accepter la méchanceté des Hommes qui doit être démasquée, dénoncée et guérie. Jésus est le modèle de douceur : « mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29).

Les doux qui évitent le mal et pratiquent le bien selon la Charité sont adoptés par Dieu et obtiennent la « terre promise » qui est la plénitude de Sa Vie.

Dans une communauté de doux, chacun sait trouver et accepter sa place pour que tous vivent en paix et heureux ; les doux savent partager les ressources et les mettre au service des uns des autres.

En ce temps de l’Avent qui commence, allant vers Noël, vers ce qu’une naissance promet d’un monde nouveau, nous pouvons comprendre que ceux qui sont doux sont habités de cet esprit qui ne s’attache ni aux guirlandes ni aux sapins mais à la vie toute neuve d’un nouveau-né. Car l’Éternel est le Dieu de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, Dieu des fragiles, des insignifiants et de ceux qui ont besoin d’être restaurés. Il est le Dieu de ceux qui ont besoin de vie et de vivre.

Ce qui nous arrive dans ce temps d’Avent, dans ce Noël tout proche, oui même en cette année 2021, c’est une douceur particulière, une divine douceur sur les blessures, sur les déceptions, sur les inquiétudes, une divine douceur qui n’efface rien mais qui encourage, pas à pas et un jour après l’autre. Et c’est l’occasion, la bonne occasion de laisser se développer et cultiver notre douceur, peut-être à partir de ce qu’éveille en nous la présence d’un tout petit enfant. C’est la bonne occasion de l’offrir dans le monde, comme un cadeau de Noël, mais pas seulement à Noël. Aujourd’hui déjà !...

Pistes de réflexion /

Humilité, douceur, justice, miséricorde, paix…. Quel programme !

- Sommes-nous prêts à le vivre ensemble, dans le monde tel qu’il est, en nous appuyant sur le Seigneur ?

- Sommes-nous prêts à vivre ce programme dans notre famille ?, avec notre compagnon de vie ?, nos voisins ?, nos amis….? - Comment concrétiser cet appel ?

- Sommes-nous des « doux et humbles de cœur » pour transformer, peu à peu notre entourage ? - Quelle place donnons-nous au pardon ?

Sommes-nous prêts à nous soutenir dans l’épreuve ? la maladie ?, le deuil ?, les doutes ?        

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Méditation

Non, ce ne sont ni les puissants, ni les violents qui posséderont la terre, ni les grands de ce monde, ni les riches parmi les hommes, mais les doux ! Celui qui est bon, celui qui est patient, celui qui prend soin de ceux que Dieu lui a confiés, celui qui sait cultiver la création avec persévérance et mansuétude, c’est lui qui possédera la terre promise. Sa force est d’abord patience et service, elle n’est pas une domination brutale. Dieu est son espérance, et la terre est en paix lorsqu’elle est possédée par une âme douce.
Marie, Mère de douceur, terre promise, couvre-nous du manteau de ta miséricorde ! Fais-nous participer au mystère de ta douceur et nous posséderons la terre.

Article publié par Doyenné cambrai • Publié le Jeudi 02 décembre 2021 • 113 visites

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