Homélie du doyen André Benoît Drappier

En bas de page, le texte des paroles prononcées par l'abbé Drappier, lors de l'installation.

Dimanche 10 septembre 2023

Homélie du 23e dimanche du temps ordinaire

Cambrai Saint-Géry

Le jour de l’installation d'un nouveau curé, on lui remet les clefs des églises et quelques objets liturgiques, symboliques de ce que sera sa charge, sa mission.

Et puis, il y a aussi autre chose qui lui est remis, en même temps d’ailleurs qu’à toute la communauté rassemblée ce jour. Ce sont quelques lignes de la Parole de Dieu, des lignes qui changent de dimanche en dimanche. Pour ce 10 septembre : Ézechiel, le Psaume 94, la lettre aux Romains et l’évangile de Matthieu.

Comment, ce matin, lire ces lignes sans y chercher pour toi Maxence, et pour la communauté qui t’est confiée, un message, une parole d’envoi en mission ?

C’est ce que j’ai fait en préparant cette homélie. Et ce message, cette parole, je l’ai trouvée dans un mot, un seul, au livre d’Ézechiel, notre première lecture.

Ce mot, c’est guetteur : Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Guetteur ou veilleur comme dans ce célèbre verset du psaume 130 : Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur ne guette l'aurore. Plus qu'un veilleur ne guette l'aurore, attends le Seigneur, Israël.

Nous voilà transportés dans un lointain passé, au temps où les villes d’Israël étaient entourées de hauts murs, où le soir venu, les portes étaient fermées, et jusqu’à l’aube des gens veillaient à la sécurité de ceux qui dormaient.

Image stimulante de voir le curé d’une paroisse comme un guetteur, un veilleur. Mais me direz- vous, il y a longtemps qu’on a détruit les remparts de Cambrai les remplaçant par les boulevards ; longtemps que des voix rassurantes ne parcourent plus nos rues : dormez bonnes gens, dormez…

Pourtant les veilleurs n’ont pas disparu. On leur donne même aujourd’hui des numéros : 15, 17, 18, 112, et d’autres. Appelez, une voix vous répondra, un guetteur veille.

Maxence, ton premier métier a fait de toi un veilleur amené à secourir, soigner tes contemporains, parfois à n’importe quelle heure, du jour et de la nuit.

En devenant curé de cette paroisse, tu retrouveras autrement cette fonction de guetteur, de veilleur. Que nous en disent les passages des Écritures lues ce matin ? D’abord, elles font de toi un homme de la Parole. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.

Cette Parole tu veilleras à l’adresser à tous. Pas seulement aux chrétiens, aux fidèles du dimanche, mais à tous les habitants de la Cité, Cambrai et les communes qui l’environnent.

Tous, ils te reçoivent comme curé. Ceux qui sont là ce matin dans Saint-Géry, et aussi ceux que cette nouvelle indiffère ou qui ne sont pas au courant, mais qui peut-être un jour auront besoin de toi, besoin de quelqu’un qui veillera sur leur vie, lors de moments heureux ou difficiles.

Te confier toute la cité est aussi un appel ou un rappel à la communauté chrétienne qui partage cette mission, avec toi, avec les prêtres, diacres, religieuses, et je ne voudrais pas oublier Vincent Dollmann notre évêque.

Vous tous, partagez avec Maxence le souci de la cité et de ses habitants, la mission de leur faire connaître l’évangile de Jésus-Christ. Ne soyez pas des chrétiens centrés exclusivement sur eux- mêmes, et leurs communautés. Avancez au large.

Cette Parole, Maxence, tu veilleras à l’adresser à tous, et particulièrement, c’est Ézechiel et l’évangile de Matthieu qui t’y invitent ce matin, particulièrement aux méchants et aux pécheurs. Avertis le méchantSi ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches.

Je ne vous demanderai pas de lever la main, pour qu’on puisse repérer les méchants ici présents, ce serait gênant. Je ne vous demanderai pas non plus de lever la main pour qu’on puisse repérer les pécheurs, puisque nous nous sommes tous reconnus au début de cette célébration dans cet aspect difficile de notre condition humaine.

Méchants, pécheurs… Des termes auxquels nous avons du mal à nous identifier, mais des termes qui disent quelque chose de ce qu’il y a en nous, en notre Église, et dans ce monde à transformer, à changer.

Je voudrais laisser la parole un instant à François, notre Saint-Père, qui l’an dernier lors de la fête des apôtres Pierre et Paul, au jour où traditionnellement on ordonnait les prêtres, a fait un petit inventaire, parfaitement désagréable et tout à fait salutaire.

Écoutons : « Nous faisons encore l’expérience de nombreuses résistances intérieures qui nous empêchent de nous mettre en mouvement, tant de résistances. Parfois, en tant qu’Église, nous sommes submergés par la paresse et nous préférons rester assis à contempler les quelques choses sûres que nous possédons, au lieu de nous lever pour jeter le regard vers des horizons nouveaux, vers la mer ouverte.

Nous sommes souvent enchaînés comme Pierre dans la prison de l’habitude, effrayés par les changements et liés aux chaînes de nos coutumes. Mais l’on glisse ainsi vers la médiocrité spirituelle, on court le risque de "vivoter" y compris dans la vie pastorale. L’enthousiasme de la mission s’affaiblit et, au lieu d’être signe de vitalité et de créativité, on finit par donner une impression de tiédeur et d’inertie.

Alors, le grand courant de nouveauté et de vie qu’est l’Évangile - écrivait le père de Lubac - devient dans nos mains une foi qui « tombe dans le formalisme et dans l’habitude, [...] une religion de cérémonies et de dévotions, d’ornements et de consolations vulgaires [...]. Un christianisme clérical, un christianisme formaliste, un christianisme éteint et endurci » (Le drame de l’humanisme athée. L’homme devant Dieu, Milan 2017, 103-104). »

Transformer, changer, convertir, réformer, tout au long de l’histoire de l’Église les mots ont été nombreux pour nous aider à aller à l’essentiel de la mission. Un essentiel qui nous est rappelé par Saint Paul dans l’épître aux Romains : Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel… Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Maxence, comme curé, il t’est donné beaucoup de prochains, trop pour tes seules forces humaines, alors comme pour tes prédécesseurs il te faudra compter sur le souffle de l’Esprit.

Aime-les. Aime ce peuple qui t’est confié. Et souviens-toi des mots de l’évangile de Mathieu aujourd’hui : Pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.

Ces lignes nous disent quelque chose de la force d’une communauté chrétienne qui s’assemble, prie, célèbre, travaille, imagine, projette. Tu y veilleras.

Dans la même homélie du pape François qu’il y a quelques instants, on trouve les mots   « ensemble » et « Église », suivis de quelques conseils, Maxence, dont je sais qu’ils t’iront droit au coeur.

Écoutons : « Aidons-nous à être du levain dans la pâte du monde. Ensemble, nous pouvons et nous devons poser des gestes d’attention pour la vie humaine, pour la protection de la création, pour la dignité du travail, pour les problèmes des familles, pour la condition des personnes âgées et de tous ceux qui sont abandonnés, rejetés et méprisés. En somme, être une Église qui promeut la culture du soin, la tendresse, la compassion envers les faibles et la lutte contre toute forme de dégradation, y compris celle de nos villes et des lieux que nous fréquentons, afin que la joie de l’Évangile resplendisse dans la vie de chacun : telle est notre « combat ». »

Je suis là, au milieu d’eux, dit Jésus.

Venez, crions de joie pour le Seigneur… Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit. Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?

Amen.

Article publié par Doyenné cambrai • Publié le Jeudi 14 septembre 2023 • 333 visites

keyboard_arrow_up